La coupe des fusées s’installe à Lisbonne.

EuRoC : au Portugal, l’Europe fait décoller ses fusées étudiantes

Du 15 au 21 octobre 2026, la petite ville portugaise de Constância deviendra l’un des rendez-vous les plus importants de la jeune industrie spatiale européenne. Pendant une semaine, 25 équipes universitaires venues de toute l’Europe s’y retrouveront pour une compétition hors du commun : concevoir, construire, tester et lancer leurs propres fusées. Bienvenue au European Rocketry Challenge (EuRoC).

Organisé par l’Agence spatiale portugaise, le EuRoC est bien davantage qu’un simple concours de lancement de fusées. Il s’agit d’un véritable exercice d’ingénierie grandeur nature, dans lequel des étudiants doivent transformer des mois — parfois des années — de conception et de tests en un vol réussi. Pour l’édition 2026, la compétition a enregistré un record de 64 candidatures provenant de 26 pays, dont 61 étaient éligibles. Seules 25 équipes ont finalement été retenues.

Une compétition européenne avant tout.

Le principe du EuRoC est simple en apparence : des étudiants européens construisent une fusée expérimentale et tentent de l’envoyer à une altitude déterminée avec une charge utile à bord.

Dans les faits, le défi est considérable. Les équipes doivent maîtriser des domaines aussi variés que l’aérodynamique, la propulsion, les matériaux, l’électronique, les systèmes embarqués, la télémétrie, la récupération ou encore la gestion de projet.

Les participants doivent être inscrits — ou avoir été récemment inscrits — dans un cursus universitaire de niveau bachelor ou master. Une équipe peut réunir jusqu’à 30 personnes présentes pendant l’événement et peut intégrer des étudiants provenant de plusieurs établissements, ce qui permet notamment la création d’équipes communes entre universités.

Pour l’édition 2026, le Portugal est une nouvelle fois le pays le mieux représenté parmi les candidatures. Trois équipes portugaises ont finalement été sélectionnées : RED, de l’Instituto Superior Técnico, North Space, qui réunit des étudiants de plusieurs universités portugaises, et MAST, de l’Université du Minho.

Mais le plateau est largement international. On y retrouve notamment des équipes venues d’Autriche, de Belgique, de Suisse, d’Italie, de Grèce, de Malte, d’Espagne ou encore d’Irlande. Certaines sont déjà très expérimentées : l’Aerospace Team Graz et Skyward Experimental Rocketry ont remporté les deux dernières éditions, tandis que l’EPFL Rocket Team, venue de Suisse, avait remporté la deuxième édition.

Des fusées qui doivent atteindre 3 ou 9 kilomètres

Les fusées du EuRoC ne sont pas de simples maquettes. Chaque véhicule doit être capable d’emporter au moins un kilogramme de charge utile et viser un apogée de 3 000 ou 9 000 mètres.

Les équipes sont réparties selon deux critères : l’altitude visée et le type de propulsion.

Trois grandes technologies sont représentées :

  • propulsion solide ;
  • propulsion hybride ;
  • propulsion liquide.

Cela donne six catégories de vol : S3, H3, L3 pour les fusées visant 3 000 mètres, et S9, H9, L9 pour celles visant 9 000 mètres. Les équipes peuvent utiliser des moteurs commerciaux ou développer elles-mêmes leur système de propulsion, selon la catégorie et les règles applicables.

L’édition 2026 illustre d’ailleurs la montée en puissance technique de la compétition. Parmi les 25 équipes sélectionnées, 10 utilisent une propulsion liquide, cinq une propulsion hybride et cinq une propulsion solide, les autres choix dépendant de la catégorie et de la configuration des projets. Six équipes visent 3 000 mètres avec propulsion liquide, tandis que quatre visent 9 000 mètres.

Cette progression est particulièrement intéressante : de plus en plus d’étudiants ne se contentent plus d’utiliser un moteur commercial. Ils développent leurs propres technologies de propulsion, ce qui transforme progressivement le EuRoC en véritable laboratoire européen de technologies spatiales étudiantes.

Une charge utile obligatoire

Autre particularité : la fusée ne doit pas seulement monter. Elle doit transporter quelque chose.

Chaque véhicule doit embarquer au minimum 1 kg de charge utile. Celle-ci peut être une simple masse destinée à satisfaire les exigences du concours, mais les organisateurs encouragent fortement les équipes à développer des charges utiles fonctionnelles : expériences scientifiques, démonstrateurs technologiques, CanSats, CubeSats ou autres systèmes expérimentaux.

C’est également l’objet d’un prix spécifique : le Payload Award, qui récompense la charge utile jugée la plus innovante, fiable et prometteuse, notamment en fonction de son potentiel d’application dans le domaine spatial.

Il ne suffit pas de faire décoller sa fusée

C’est probablement l’un des aspects les plus intéressants du EuRoC : le vainqueur n’est pas nécessairement celui qui monte le plus haut.

La compétition attribue un maximum de 1 000 points répartis en quatre grands domaines :

Domaine évalué Poids
Rapport technique 20 %
Conception du véhicule 25 %
Travail de l’équipe 20 %
Performance du vol 35 %

La performance en vol représente donc la part la plus importante, mais elle ne compte que pour 35 % du résultat final. Un projet techniquement remarquable mais mal documenté, mal organisé ou mal exécuté peut ainsi perdre face à une équipe plus équilibrée.

Le concours cherche donc à reproduire les conditions d’un véritable projet spatial : concevoir, documenter, tester, communiquer, travailler en équipe, respecter des procédures de sécurité et finalement démontrer que le système fonctionne.

Des mois de travail avant quelques secondes de vol

Pour les étudiants, le lancement constitue l’aboutissement d’un long processus.

Avant même d’arriver au Portugal, les équipes doivent fournir de nombreux documents techniques et démontrer que leur fusée répond aux exigences du concours. Elles doivent notamment présenter leur conception, leurs performances attendues, leurs méthodes de fabrication, leurs essais, leurs risques et les mesures prises pour assurer la sécurité.

Un rapport technique est également évalué par le jury. La capacité à expliquer clairement un système complexe compte donc presque autant, dans l’esprit du concours, que la capacité à le construire.

Sur place, les équipes passent ensuite par différentes étapes de préparation, de vérification et de contrôle avant de pouvoir accéder à la rampe de lancement. Les briefings de sécurité sont obligatoires et les opérations de récupération font elles aussi partie de l’évaluation.

Le site de lancement se trouve au camp militaire de Santa Margarida, à proximité de Constância. C’est là que se déroulent les moments les plus spectaculaires du EuRoC : les fusées quittent leur rail de lancement et tentent d’atteindre l’altitude prévue avant de redescendre sous leur système de récupération.

Quels sont les prix ?

Le EuRoC ne se limite pas à un unique trophée. Plusieurs distinctions récompensent les différentes dimensions de la compétition.

Les organisateurs décernent notamment :

  • le Technical Award, pour le meilleur rapport technique ;
  • le Design Award, pour la meilleure conception de fusée ;
  • le Team Award, pour la meilleure organisation et le meilleur esprit d’équipe ;
  • six Flight Awards, correspondant aux différentes catégories de vol ;
  • le EuRoC Award, qui récompense le meilleur résultat global ;
  • le Payload Award, consacré à la meilleure charge utile.

Il ne s’agit donc pas simplement de « gagner la course ». Une équipe peut être récompensée pour son innovation, une autre pour son travail documentaire, une troisième pour sa cohésion et une autre encore pour la précision de son vol.

À noter que les règles publiées ne présentent pas le EuRoC comme une compétition dotée d’un grand prix financier. Les « prix » sont avant tout des distinctions attribuées aux équipes dans les différentes catégories. Par ailleurs, un dépôt de 100 euros par membre est demandé aux équipes sélectionnées, mais il est normalement remboursé après l’événement lorsque l’équipe participe effectivement à la compétition.

2026 : une place particulière pour les débutants

L’édition 2026 apporte également une nouveauté importante. Pour la première fois, cinq des 25 places disponibles ont été réservées à des équipes débutantes, les « rookies ».

L’objectif est de ne pas transformer la compétition en affrontement réservé aux équipes les plus expérimentées. Ces jeunes équipes doivent pouvoir apprendre aux côtés de formations qui disposent déjà d’une solide expérience des lancements.

Les cinq équipes rookies de 2026 sont AnTARES (Belgique), MAST (Portugal), StarPi (Italie), UM Rocketry (Malte) et White Noise (Grèce).

Cette décision illustre bien la philosophie du EuRoC : créer un écosystème européen capable de faire émerger progressivement de nouvelles compétences et, à terme, de nouveaux ingénieurs, chercheurs et entrepreneurs du spatial.

Une compétition qui dépasse largement les fusées

Derrière les explosions, les flammes et les images spectaculaires de fusées s’élevant à plusieurs kilomètres d’altitude, le véritable objectif du EuRoC est pédagogique.

L’Agence spatiale portugaise cherche à susciter l’intérêt des jeunes pour les disciplines STEM — sciences, technologies, ingénierie et mathématiques — tout en favorisant la coopération internationale et le développement des compétences nécessaires au futur secteur spatial européen.

C’est aussi une manière de rapprocher les étudiants des contraintes auxquelles sont confrontés les ingénieurs professionnels : budgets et délais, documentation, essais, gestion des risques, communication entre équipes, sécurité et, surtout, capacité à accepter qu’un système complexe puisse échouer après des mois de travail.

Car au EuRoC, un lancement réussi est évidemment une victoire. Mais un échec bien analysé peut aussi devenir une expérience précieuse.

Le Portugal, nouveau terrain d’apprentissage du spatial européen

Avec 25 équipes sélectionnées sur 61 candidatures éligibles et des participants issus de nombreuses universités européennes, le EuRoC 2026 confirme la croissance rapide de cette compétition.

Le Portugal ne fournit donc pas seulement le décor. Avec son agence spatiale, ses universités et ses infrastructures d’accueil, il cherche à s’imposer comme un lieu de rencontre pour la nouvelle génération d’ingénieurs européens.

Du 15 au 21 octobre, à Constância, les regards se tourneront ainsi vers les rampes de lancement. Pour les étudiants, quelques secondes de vol pourront représenter des mois, voire des années de travail. Et pour le secteur spatial européen, ces fusées étudiantes constituent peut-être quelque chose de plus important encore : un aperçu de la génération qui construira les lanceurs, les satellites et les missions spatiales de demain.

JEANNE ALICE
Author: JEANNE ALICE

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