Le continent de plastique : une menace immense pour les océans
Introduction
Les océans recouvrent environ 71 % de la surface de notre planète et abritent une biodiversité exceptionnelle. Pourtant, ces immenses étendues d’eau sont aujourd’hui confrontées à une pollution de plus en plus importante : la pollution plastique. 
On parle souvent du « continent de plastique » pour désigner de vastes zones des océans où les courants marins concentrent des quantités considérables de déchets plastiques. Le plus célèbre se trouve dans le Pacifique Nord et est appelé Great Pacific Garbage Patch. Il ne s’agit cependant pas d’une véritable île composée de bouteilles et de sacs sur laquelle on pourrait marcher. Une grande partie de cette pollution est constituée de fragments de plastique et de microplastiques dispersés dans l’eau.
L’ampleur du phénomène est néanmoins impressionnante. Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), plus de 11 millions de tonnes de plastique entrent chaque année dans les océans. À l’échelle mondiale, entre 19 et 23 millions de tonnes de déchets plastiques se déversent chaque année dans les écosystèmes aquatiques, notamment les fleuves, les lacs et les mers.
Une production de plastique gigantesque
Pour comprendre l’origine du problème, il faut d’abord s’intéresser à la quantité de plastique que nous produisons.
Aujourd’hui, le monde produit plus de 400 millions de tonnes de plastique chaque année. Une grande partie de cette production correspond à des objets destinés à être utilisés pendant une très courte période, parfois seulement quelques minutes, avant d’être jetés. Le PNUE estime notamment que les deux tiers des plastiques produits correspondent à des produits à courte durée de vie.
Depuis le début de la production industrielle de plastique, les quantités se sont accumulées de manière spectaculaire. Entre 1950 et 2017, environ 9,2 milliards de tonnes de plastique ont été produites. Sur cette quantité, environ 7 milliards de tonnes sont devenues des déchets.
Le problème vient donc autant de la quantité produite que de la manière dont nous utilisons et éliminons ces matières.
Comment se forme le « continent de plastique » ?
Les déchets plastiques peuvent atteindre la mer de différentes façons. Ils peuvent être transportés par les fleuves, emportés par les eaux de pluie, rejetés directement dans l’océan ou provenir des activités maritimes, notamment de la pêche.
Une fois dans l’océan, les déchets sont transportés par les vents et les courants marins. Dans certaines régions du monde, ces courants forment de gigantesques systèmes de circulation appelés gyres océaniques.
Le gyre du Pacifique Nord est particulièrement important. Les mouvements de l’eau y concentrent progressivement une partie des déchets flottants. C’est dans cette région que se trouve le Great Pacific Garbage Patch.
Une étude scientifique publiée en 2018 a estimé que cette zone s’étendait sur environ 1,6 million de km², soit une superficie supérieure à celle de la France métropolitaine. Les chercheurs estimaient qu’elle contenait environ 1,8 trillion de morceaux de plastique, pour une masse totale d’environ 79 000 tonnes.
Ces chiffres donnent une idée de l’ampleur du phénomène, mais ils doivent être interprétés avec prudence : la concentration de plastique n’est pas uniforme et les limites du « continent » ne sont pas fixes.
Des déchets visibles… mais surtout invisibles
Lorsque l’on imagine le continent de plastique, on pense souvent à des bouteilles, des sacs, des filets de pêche ou des emballages flottant à la surface de l’océan.
Ces déchets existent effectivement, mais une grande partie de la pollution plastique est beaucoup plus difficile à voir.
Avec le temps, les rayons ultraviolets du Soleil, les vagues et les frottements dégradent les objets en plastique. Ils se fragmentent progressivement en morceaux de plus en plus petits.
On appelle microplastiques les particules de plastique mesurant jusqu’à 5 millimètres. Certaines sont tellement petites qu’elles sont pratiquement invisibles à l’œil nu.
Ces particules peuvent provenir directement de produits fabriqués sous forme de petites particules, mais une grande partie résulte de la dégradation de déchets plastiques plus volumineux. Les fibres provenant de vêtements synthétiques, l’usure des pneus, certains produits industriels et la dégradation des emballages peuvent également contribuer à la présence de microplastiques dans l’environnement.
Des conséquences graves pour les animaux marins
La pollution plastique constitue une menace importante pour la biodiversité marine.
Les animaux peuvent confondre les déchets avec leur nourriture. Une tortue marine peut par exemple prendre un sac plastique pour une méduse. Des poissons et des oiseaux marins peuvent également avaler des fragments de plastique.
Les conséquences peuvent être multiples : blessures internes, obstruction du système digestif, diminution de la quantité de nourriture consommée ou affaiblissement général de l’animal.
Les déchets peuvent également provoquer des accidents. Les filets de pêche abandonnés, les cordages et certains emballages peuvent emprisonner les animaux et les empêcher de se déplacer, de respirer ou de se nourrir.
Selon les Nations unies, des déchets plastiques ont été retrouvés dans le système digestif de nombreuses espèces aquatiques, notamment toutes les espèces de tortues marines étudiées ainsi que près de la moitié des espèces d’oiseaux marins et de mammifères marins étudiées.
Le plastique entre dans la chaîne alimentaire
Le problème ne concerne pas uniquement les gros animaux.
Les microplastiques peuvent être ingérés par de petits organismes marins. Ces organismes peuvent ensuite être mangés par des poissons plus grands, eux-mêmes consommés par d’autres animaux.
Le plastique peut donc se déplacer dans les chaînes alimentaires.
Les scientifiques étudient également les conséquences possibles de cette pollution sur la santé humaine. Des microplastiques ont été détectés dans différents environnements et dans le corps humain. Toutefois, les effets à long terme sur la santé sont encore étudiés et de nombreuses questions scientifiques restent ouvertes.
Il est donc important de ne pas présenter toutes les conséquences sanitaires comme certaines : la présence de microplastiques dans notre environnement est bien documentée, mais leurs effets exacts sur la santé humaine font encore l’objet de recherches.
Une pollution qui ne vient pas uniquement des océans
Une idée reçue consiste à penser que le continent de plastique est principalement provoqué par les bateaux et les activités réalisées en pleine mer.
En réalité, une grande partie du problème commence sur les continents.
Les déchets mal collectés peuvent être transportés vers les rivières, puis vers les océans. Les emballages abandonnés dans les rues peuvent également être emportés par les eaux de pluie.
C’est pourquoi la lutte contre la pollution plastique doit commencer avant même que les déchets atteignent la mer : meilleure collecte, réduction des emballages inutiles, réutilisation des objets et amélioration du recyclage sont autant de moyens d’empêcher les déchets d’arriver dans les milieux aquatiques.
Des chiffres qui montrent l’urgence.
Quelques données permettent de mieux mesurer l’ampleur du problème :
Plus de 400 millions de tonnes de plastique sont produites chaque année dans le monde.
Plus de 11 millions de tonnes de plastique atteignent les océans chaque année.
Entre 19 et 23 millions de tonnes de déchets plastiques se déversent chaque année dans les écosystèmes aquatiques.
Entre 1950 et 2017, environ 9,2 milliards de tonnes de plastique ont été produites.
Le Great Pacific Garbage Patch a été estimé à environ 1,6 million de km² et environ 79 000 tonnes de plastique.
Les plastiques représentent au moins 85 % des déchets marins selon une évaluation du PNUE.
Les microplastiques sont des particules pouvant mesurer jusqu’à 5 millimètres.
Ces chiffres montrent que le problème n’est pas limité à une seule région du monde. Il s’agit d’un phénomène planétaire.
Que peut-on faire pour lutter contre cette pollution ?
La solution ne consiste pas simplement à aller ramasser le plastique déjà présent dans les océans. Même si les opérations de nettoyage peuvent retirer certains déchets, elles ne peuvent pas résoudre seules le problème.
La priorité est de réduire les déchets à la source.
Les particuliers peuvent notamment :
utiliser davantage de produits réutilisables ;
éviter les emballages plastiques inutiles ;
utiliser une gourde plutôt que des bouteilles jetables ;
trier correctement leurs déchets ;
ne jamais abandonner de déchets dans la nature ;
privilégier, lorsque c’est possible, des produits ayant une durée de vie plus longue.
Mais la responsabilité ne repose pas uniquement sur les citoyens. Les entreprises doivent également repenser leurs emballages et leurs modes de production. Les gouvernements peuvent renforcer les systèmes de collecte des déchets, développer le recyclage et limiter certains produits plastiques à usage unique.
Selon le PNUE, sans mesures importantes, les flux de plastique vers les écosystèmes aquatiques pourraient presque tripler d’ici 2040.
Conclusion
Le continent de plastique est devenu l’un des symboles les plus frappants de la pollution moderne. Il montre comment une matière créée pour être pratique et durable est devenue, lorsqu’elle est mal gérée, une menace pour les océans.
Le plus inquiétant est que le problème ne se limite pas aux déchets visibles à la surface. Une grande partie du plastique se fragmente en microplastiques qui peuvent se disperser dans l’eau et entrer dans les chaînes alimentaires.
Avec plus de 400 millions de tonnes de plastique produites chaque année et plus de 11 millions de tonnes qui atteignent les océans, l’ampleur du défi est considérable.
Cependant, cette situation n’est pas irréversible. Réduire la production de plastiques inutiles, développer le réemploi, améliorer la gestion des déchets et modifier nos habitudes peuvent permettre de limiter fortement la pollution.
Le continent de plastique n’est donc pas seulement un problème situé au milieu du Pacifique : il est le résultat de nos habitudes à l’échelle mondiale. Protéger les océans commence ainsi sur nos terres, dans nos villes, nos entreprises et nos foyers.
